Alentejo
Un tiers du Portugal pour 7% des habitants : plaines de chênes-lièges, Évora romaine, ciel étoilé d'Alqueva et côte vicentine battue par les vents.
L'Alentejo occupe environ un tiers du territoire portugais entre le Tage au nord et la Serra do Caldeirão au sud, pour à peine 7% de la population. Cette densité faible explique le paysage que nous traversons en sortant de Lisbonne par l'A2 : plaines céréalières ondulées, chênes-lièges et chênes verts plantés en montados (savane agro-sylvo-pastorale propre à la péninsule ibérique), troupeaux de porcs noirs alentejanos qui se nourrissent des glands en automne. C'est la matière première du presunto de Barrancos et de la charcuterie qui accompagne nos déjeuners dans les tavernes de campagne.
Évora, à 1h30 de route de la capitale, sert de porte d'entrée. La ville conserve dans son centre intra-muros un temple romain du Ier siècle dédié au culte impérial, la cathédrale gothique du XIIIe, et la Capela dos Ossos de l'église São Francisco, dont les murs sont tapissés des ossements d'environ 5000 défunts. Autour d'Évora, le mégalithisme alentejan compte plus de 150 sites recensés : le cromlech des Almendres, daté d'environ 6000 av. J.-C., aligne 95 menhirs de granite sur une colline plantée de chênes-lièges.
À l'est, le barrage d'Alqueva sur le Guadiana forme depuis 2002 le plus grand lac artificiel d'Europe occidentale (250 km²). Le village fortifié de Monsaraz, perché à 342 mètres sur une crête schisteuse, le surplombe. La zone est classée Dark Sky Reserve par la fondation Starlight depuis 2011, ce qui en fait l'un des sites d'observation astronomique les plus accessibles du continent : nous organisons des soirées avec télescope au bord du lac, idéales entre mai et octobre.
Le nord-est, vers la frontière espagnole, change de relief. La Serra de São Mamede culmine à 1025 mètres et concentre une humidité que le reste de la région ignore : châtaigniers, ruisseaux pérennes, micro-climat plus frais de 4 à 6 degrés. Marvão, accroché à 865 mètres sur un éperon de quartzite, et Castelo de Vide, réputé pour son ancien quartier juif du XIVe siècle et ses sources thermales, sont nos deux bases pour cette partie du territoire. La route entre Portalegre et Castelo de Vide traverse des oliveraies anciennes et des potagers en terrasses qui rappellent la frontière proche.
La côte alentejane, dite Costa Vicentina dans sa partie sud, court sur 100 kilomètres de Porto Covo à Odeceixe. Falaises de schiste et de grès, plages encaissées, vent permanent du nord-ouest en été : Zambujeira do Mar, Almograve, Vila Nova de Milfontes à l'embouchure du Mira. Le Parc naturel du Sudoeste Alentejano protège l'ensemble du littoral, ce qui explique l'absence de grandes urbanisations balnéaires, à la différence de l'Algarve voisine. Le Rota Vicentina, sentier de grande randonnée balisé en 2013, longe les falaises sur environ 230 kilomètres et permet une marche de plusieurs jours d'étape en étape, hébergements en village.
Côté table, l'Alentejo s'affirme par des plats roboratifs nés d'une économie pastorale : açorda à l'ail et à la coriandre, migas de pain trempé, ensopado de borrego (agneau mijoté), porco preto à la poêle. Les vins de la DOC Alentejo, structurés autour des cépages Aragonez, Trincadeira et Alicante Bouschet, s'imposent depuis les années 1990 ; les quintas autour de Reguengos, Borba et Vidigueira accueillent en visite et dégustation.
À découvrir
Cromlech des Almendres et mégalithes d'Évora. 95 menhirs de granite dressés vers 6000 av. J.-C. sur une colline plantée de chênes-lièges, à 15 km à l'ouest d'Évora. Accès par piste, visite libre, lumière oblique idéale en fin d'après-midi.
Ciel nocturne d'Alqueva. Observation des constellations au bord du plus grand lac artificiel d'Europe occidentale, sous une Dark Sky Reserve certifiée. Soirées avec astronome local entre mai et octobre, depuis Monsaraz ou Cumeada.
Marvão et la Serra de São Mamede. Village fortifié à 865 mètres sur un éperon de quartzite, dominant la plaine espagnole. 4 à 6 degrés de moins que la plaine en été, châtaigniers et sources autour de Castelo de Vide.
Rota Vicentina sur la côte sauvage. Sentier de falaises entre Porto Covo et Odeceixe, étapes de 15 à 22 km, hébergements en village. Floraisons d'avril à mai, cigognes nichant à même la roche au cap Sardão.
Tables et caves de la DOC Alentejo. Quintas autour de Reguengos, Borba et Vidigueira pour les rouges structurés ; déjeuner d'açorda et de porc noir alentejano dans une taverne de village après la dégustation.
Quand y aller
La fenêtre la plus confortable s'étend de mi-avril à mi-juin, puis de mi-septembre à fin octobre. Les températures diurnes oscillent alors entre 20 et 28 degrés, les soirées restent fraîches en intérieur (12 à 15 degrés), et les paysages sont verts au printemps, dorés à l'automne. Juillet et août dépassent régulièrement 38 degrés en plaine, avec des pointes à 42 ou 43 degrés à Évora et Beja ; nous déconseillons ces deux mois aux voyageurs sensibles à la chaleur, sauf si le séjour se concentre sur la côte, où le vent du nord fait tomber les valeurs de 8 à 10 degrés.
L'hiver, de décembre à février, reste doux le jour (12 à 16 degrés) mais humide et venteux, avec environ 80 mm de pluie mensuels en moyenne et des nuits qui descendent à 3 ou 4 degrés à l'intérieur. C'est la saison du gibier à table, des amandiers en fleurs dès fin janvier dans le nord-est, et de la chasse aux champignons dans la Serra de São Mamede. La côte vicentine se vide alors presque entièrement, ce qui plaît à certains marcheurs.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 4 jours pleins pour saisir l'Alentejo intérieur (Évora, mégalithes, Monsaraz, une quinta), et 6 à 7 jours si vous ajoutez la côte vicentine ou la Serra de São Mamede au nord-est. Les distances paraissent modestes sur la carte mais les routes secondaires sont lentes : comptez 2h30 d'Évora à Marvão, 2h d'Évora à Vila Nova de Milfontes. La voiture de location est indispensable, l'aéroport d'entrée est Lisbonne (1h30 de route jusqu'à Évora).
L'Alentejo se combine naturellement avec Lisbonne et Sintra en amont, et avec l'Algarve en aval (1h45 de Zambujeira à Lagos). Une boucle plus longue peut inclure le Centre et la Serra da Estrela par le nord. La région convient particulièrement aux contemplatifs, aux amateurs de patrimoine pré-romain et romain, aux œnophiles, aux randonneurs côtiers et aux familles cherchant un rythme calme. L'hébergement repose sur les monte (anciennes fermes restaurées) et quelques pousadas installées dans des couvents ou châteaux ; le confort est élevé mais l'isolement réel, prévoyez vos dîners à l'avance hors saison.
